Kasedori

Japon insolite

Par Gérard Gouineau

4 septembre 2018

Pour ne pas vieillir et vivre serei­ne­ment, ne pre­nons pas de l’âge, mais accu­mu­lons plutôt de la jeu­nesse et abreu­vons-nous sans cesse aux sour­ces de l’humour. C’est dans cet esprit que je vous invite à savou­rer quel­ques curio­si­tés inso­li­tes japo­nai­ses. Elles nous invi­tent au dépay­se­ment et à décou­vrir en sou­riant un mode de vie dif­fé­rent du notre.

Kasedori

Voici d’abord une tra­di­tion qui vise à la pros­pé­rité et à l’enri­chis­se­ment per­son­nel. Cette cou­tume, dite « kase­dori » qui remonte au XVe siècle, a lieu chaque année, en plein hiver, dans la petite bour­gade de Kaminoyama, pré­fec­ture de Yamagata. « Les futurs riches » rem­plis d’espé­rance, en petite tenue mais revê­tus d’un habit de paille tra­ver­sent le vil­lage en dan­sant et en criant « Kakaka. »

Kasedori

Pour atti­rer sur eux une abon­dante pluie pécu­niaire, ils se font arro­ser copieu­se­ment d’eau froide par la foule. Cette tra­di­tion effi­cace montre que l’argent coule à flots pour ceux qui y croient. Il convien­drait de faire connaî­tre cette cou­tume à ceux qui pré­lè­vent des impôts, impo­sent des amen­des ou des taxes sur le dos des gens et les met­tent sur la paille. Renversons les rôles. Que ces col­lec­teurs d’argent revê­tent eux-mêmes cette paille et en petite tenue au vu de tous, qu’ils des­cen­dent dans nos rues en criant « Kakaka » . Pour apai­ser leur soif d’argent nous aurons plai­sir à donner notre contri­bu­tion par de géné­reu­ses dou­ches froi­des. Voila une manière nou­velle et ori­gi­nale de « pré­le­ver les impôts à la source » et de conten­ter tout à la fois contri­bua­bles et per­cep­teurs.

Issho mochi

Voici une autre tra­di­tion concer­nant les enfants. Lorsqu’un nour­ris­son atteind l’âge d’un an, la cou­tume veut que les parents le sou­mette à l’épreuve du « issho mochi ». Ce rite plus ou moins super­sti­tieux pré­tend ren­sei­gner les parents sur l’avenir de leur pro­gé­ni­ture.

Issho mochi

On place à dis­tance devant lui divers objets et celui que l’enfant choi­sira déter­mi­nera son avenir. S’il choi­sit le stylo il sera artiste ou écrivain, la cal­cu­la­trice fait de lui un com­mer­çant, le por­te­feuille un homme riche, les ciseaux un cou­tu­rier ou un modiste. Le choix du mar­teau dési­gne le futur archi­tecte ou tra­vailleur manuel, le por­ta­ble montre qu’il sera très com­mu­ni­ca­tif, les ali­ments font de lui un gour­met, un cui­si­nier et l’assure de ne pas mourir de faim, le dic­tion­naire démon­tre sa future intel­li­gence, le jouet ses bons réflexes, les chaus­su­res qu’il sera spor­tif, la com­mande de télé­vi­sion prouve qu’il sera enclin au chan­ge­ment etc. Pour que les pré­dic­tions s’avè­rent exac­tes, il convient de placer sur le dos de l’enfant une charge de deux kilos. C’est alors qu’il pourra avan­cer ou plutôt ramper vers son destin.

Tsukimi Ayano

« Un seul être vous manque et tout est dépeu­plé » se lamen­tait Lamartine.

Madame Tsukimi Ayano

A Nagoro, vil­lage du Shikoku, madame Tsukimi Ayano, 67 ans, vous dira tout le contraire. Depuis 10 ans déjà elle rem­place les défunts de son vil­lage et les gens partis vivre ailleurs par des man­ne­quins gran­deur nature. Les habi­tants du vil­lage sont peu nom­breux certes (35 seu­le­ment) mais le nombre de man­ne­quins res­sem­blants aux anciens habi­tants ne cesse d’aug­men­ter. Ces per­son­na­ges, momies moder­nes, rap­pel­lent à ceux qui res­tent leur mode de vie et les sou­ve­nirs qui s’y rat­ta­chent. Les nom­breux visi­teurs qui vien­nent par­fois de loin don­nent eux aussi une vie nou­velle à ce petit vil­lage de mon­ta­gne. Ainsi le pro­verbe fran­çais « un de parti, dix de retrou­vés » est tou­jours vrai même au Japon. En deux jours envi­ron, Mme Ayano confec­tionne un nou­veau man­ne­quin qu’elle dis­pose ensuite dans les mai­sons vides, l’ancienne école, un peu par­tout dans le vil­lage ou les champs des envi­rons. Elle en a déjà créé plus de 350. A ce rythme il faudra sans doute agran­dir le vil­lage !

Yokkapui

Chaque 22 Août, dans la région de Kagoshima, la fête du « Yokkapui » est connue pour pro­té­ger les enfants des ris­ques de noyade ou d’acci­dent en mer ou dans les riviè­res.

Yokkapui

A cet effet des jeunes gens armés de tiges de bambou, mas­qués et dégui­sés en divi­ni­tés aqua­ti­ques sai­sis­sent, avec l’accord de leurs parents, les jeunes enfants qu’ils attra­pent et les four­rent dans un grand sac, à la manière du père Fouettard. Malgré leurs cris et leurs pleurs, les enfants sont entraî­nés jusqu’à l’entrée d’un temple shin­toïste où là, après avoir été bénis par le kann­nu­shi de ser­vice, ils retrou­vent leur liberté. Selon les dires, grâce à ce rite, cette région depuis plu­sieurs années n’a déploré aucune noyade. « L’affaire est dans le sac » peut dire le prêtre shin­toïste qui reçoit ce jour-là de quoi ren­flouer lar­ge­ment son compte en banque.

Oonamuchi

Au sud du Kyushu près de la ville de Kagoshima se trouve le temple d’Oonamuchi qui garde une tra­di­tion unique en son genre.

Oonamuchi

Les gens ont l’habi­tude d’offrir au dieu Oonamuchi et à son frère ainé de gros coquilla­ges rem­plis du sable apporté par les vagues dans la nuit de la nou­velle année. Cette offrande a pour effet d’appor­ter par vagues suc­ces­si­ves le bon­heur et la santé à celui qui en a fait l’offrande. « Le bon­heur vient en dor­mant » avait voulu nous faire croire le mar­chand de sable de « Bonne nuit les petits » qui venait autre­fois endor­mir Gros Nounours et Pimprenelle. Il doit être au chô­mage car on n’entend plus parler de lui. Les Japonais ont vite com­pris que pour être heu­reux il vaut mieux ne pas vivre dans sa coquille et aller cher­cher son sable soi-même, une fois par an.

Tama

Pour remé­dier au défi­cit des lignes fer­ro­viai­res peu fré­quen­tées, le Japon depuis plu­sieurs années élève au rang de chef de gare divers ani­maux.

Tama

Le plus célè­bre d’entre eux est la chatte Tama. Installée offi­ciel­le­ment dans un gui­chet de gare désaf­fec­tée, avec pour mis­sion de saluer les pas­sa­gers. Cette nomi­na­tion a eu pour effet d’entraî­ner un accrois­se­ment nota­ble du nombre des voya­geurs et de com­bler le défi­cit sur la ligne de Kishiwada. Pour ses bons ser­vice Tama a reçue la médaille du mérite de la pré­fec­ture de Wakayama et a eu droit lors de son décès à des hon­neurs excep­tion­nels. Depuis les ani­maux occu­pent un peu par­tout les gui­chets des gares en manque de voya­geurs. Parmi eux le chien Maron gère la gare d’Iwaté Ginga, le che­vreau Koma celle d’Uzen komatsu, les singes Rakan et Néhimé celle d’Hojocho et le lapin Peter Rabbit celle de gare de Miya-uchi. Ignorant les pro­chains ani­maux requis, don­nons notre langue au chat Tama ou plutôt à ses suc­ces­seurs Chibi et Miko..

Shinshu et Enshu

Autrefois Takada Shingen avec son armée a fran­chi le col qui sépare la région du Nagano de celle de Shizuoka pour enva­hir et piller celle-ci.

Shinshu et Enshu

Déterminer l’empla­ce­ment de la fron­tière

La ven­geance étant un plat qui se mange froid, il aura fallu atten­dre long­temps pour que les règle­ments de comp­tes aient lieu. Ainsi depuis 1987, chaque année le 4 Octobre, les hommes et les femmes du vil­lage d’Enshu et ceux et celles du vil­lage de Shinshu s’affron­tent au sommet du col qui sépare leur région pour déci­der de l’empla­ce­ment de la fron­tière limi­tro­phe. Un triple tire à la corde très acharné fixe la nou­velle fron­tière. Selon la force des vain­queurs, celle-ci se déplace d’un à quatre mètres, par rap­port au poteau planté par le cadas­tre japo­nais. Gagner du ter­rain sur la région adverse est l’enjeu de ce combat ori­gi­nal. Tirer la cou­ver­ture à soi sans se pren­dre les pieds dans la corde est un art que maî­tri­sent très bien les vil­la­geois de Shinshu et Enshu.

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