Maison locale de Shizuoka

Mon apostolat aujourd’hui

Par Michel Gaultier

4 septembre 2018

De l’église de Kofu à la maison locale de Shizuoka : quel­ques varia­tions ecclé­sia­les...

Cette église de Kofu, dans le dépar­­te­­ment de Yamanashi, a été cons­­truite en 1925 par les Pères des Missions Étrangères. Le bom­­bar­­de­­ment de la ville par les Américains à la fin de la guerre en 1945 l’a épargnée. J’ai été nommé curé de cette paroisse en 2008. À mon arri­­vée, une « ancienne » de la paroisse m’a confié qu’elle avait gardé un sou­­ve­­nir très vivant du der­­nier Père des Missions Étrangères qu’elle avait connu, un homme d’une grosse voix et qui fumait la pipe, le Père Fernand Delbos. C’était il y a plus de 60 ans et elle était toute jeune fille.

Avec un jeune vicaire japo­­nais, j’avais la res­­pon­­sa­­bi­­lité de trois parois­­ses. Un diman­­che, en décem­­bre 2008, à la fin de la messe, je remar­­que une jeune femme Brésilienne qui ven­­dait des petits repas-sand­­wich qu’elle avait pré­­pa­­rés le matin chez elle. Elle m’avoue n’avoir plus d’argent. Après infor­­ma­­tions, on prend cons­­cience qu’un nombre impor­­tant de tra­­vailleurs japo­­nais et étrangers de notre ville, se retrou­­vaient subi­­te­­ment sans tra­­vail du fait de la crise économique japo­­naise qui sévis­sait à l’époque.

On se pré­­pa­­rait à fêter Noël. Difficile de se réjouir sans réserve de la nais­­sance de Jésus-Christ, sans penser aux dif­­fi­­cultés finan­­ciè­­res sérieu­­ses d’un nombre impor­­tant de mem­­bres de la paroisse et d’habi­­tants de Kofu. Nous avons com­­mencé timi­­de­­ment à orga­­ni­­ser des repas gra­­tuits, genre soupe popu­­laire, une fois par semaine pour les gens du quar­­tier. A notre sur­­prise, le nombre des par­­ti­­ci­­pants aux repas aug­­men­­tait chaque semaine. En quel­­ques mois, nous pré­­pa­­rions entre 50 et 60 repas. Notre ini­­tia­­tive ayant été remar­­quée par le jour­­nal local du dépar­­te­­ment fut l’objet d’un arti­­cle impor­­tant, et ce fut le début d’une petite aven­­ture. Plusieurs asso­­cia­­tions de quar­­tier sont venues nous pro­­po­­ser leurs ser­­vi­­ces pour nous aider à pré­­pa­­rer les repas, mais aussi pour mettre en place une struc­­ture d’aide pour trou­­ver un tra­­vail, un loge­­ment, des soins médi­­caux, et les sou­­te­­nir dans leur rela­­tion avec l’état pour obte­­nir des aides socia­­les. C’est fina­­le­­ment onze peti­­tes asso­­cia­­tions de la ville qui se sont regrou­­pées pour faire une nou­­velle asso­­cia­­tion indé­­pen­­dante (genre asso­­cia­­tion loi 1901 en France) reconnue et sub­­ven­­tion­­née par l’état.

Michel Gaultier

Cette petite aven­­ture m’a donné des idées. À 75 ans, un curé de paroisse est tenu de pré­­sen­­ter sa démis­­sion de curé à son évêque, qui l’accepte ou non selon les cas. Mais il n’est pas inter­­dit de la pré­­sen­­ter plutôt s’il a de bonnes rai­­sons pour cela. Cette petite expé­­rience avec la paroisse de Kofu m’a fait rêver. J’appro­­chais les 70 ans. Et si je pou­­vais ter­­mi­­ner ma vie mis­­sion­­naire au Japon en étant dégagé de la res­­pon­­sa­­bi­­lité pas­­to­­rale d’une paroisse, pour me mettre hum­ble­­ment au ser­­vice « d’hommes de bonne volonté », qui vivent à leur manière l’Amour de Dieu pour les hommes hors de nos églises ? Mais que faire et com­­ment ? L’occa­­sion de réa­­li­­ser ce petit rêve, m’a été donné il y a quel­­ques années déjà.

Le dio­­cèse de Yokohama s’étend sur quatre dépar­­te­­ments, Kanagawa, Shizuoka, Yamanashi et Nagano. A la fin de la guerre, en 1946, l’évêque de Yokohama a confié l’admi­­nis­­tra­­tion et l’évangélisation du dépar­­te­­ment de Shizuoka aux Missions Etrangères. Pour mener à bien leur mis­­sion, les Missions Etrangères avaient besoin d’une maison cen­­trale à la ville pré­­fec­­ture de Shizuoka ou rési­­daient le res­­pon­­sa­­ble et l’économe MEP. Plus tard, l’admi­­nis­­tra­­tion ecclé­­siale du dépar­­te­­ment fut rat­­ta­­chée à l’évêché de Yokohama, et dans les années 90-2000, cette maison perdit pro­­gres­­si­­ve­­ment son impor­­tance et sa néces­­sité. Quelques pères âgés y rési­­daient, mais en 2011 cette maison se trouva inoc­cu­pée. L’évêque de Yokohama et le res­­pon­­sa­­ble des Missions Etrangères acce­p­tè­­rent ma pro­­po­­si­­tion de faire de cette maison un petit centre de ser­­vice social à la dis­­po­­si­­tion d’asso­­cia­­tions de quar­­tier, c’est sa fonc­­tion actuelle. Elle est uti­­li­­sée régu­­liè­­re­­ment par des orga­­ni­­sa­­tions d’aide aux gens dépen­­dant de la drogue, de l’alcool, et aussi des sans-logis. Elle est uti­­li­­sée également comme centre d’accueil par le minis­­tère de la jus­­tice pour des séjours de 2-3 jours à quel­­ques semai­­nes, pour des per­­son­­nes qui sor­­tent de prison, en liberté sur­­veillée, avant de leur trou­­ver une inser­­tion stable.
Cette nou­­velle fonc­­tion d’une maison MEP n’est sans doute pas une œuvre d’Église comme il en existe dans de nom­­breu­­ses parois­­ses, mais il me semble qu’elle donne aux usagés un visage de l’Église un peu dif­­fé­­rent de celui de nos parois­­ses. Un visage tout simple, une maison à leur ser­­vice.

Notre conversation

© Copyright・Origenius・2006~2019