Sacs de déchets en attente

11 mars 2011 – 11 mars 2018, 7 ans après, que devient le nord-est du Japon ?

Par Antoine de Monjour

5 septembre 2018

Alors que les catas­tro­phes natu­rel­les au Japon se sui­vent, et se res­sem­blent ter­ri­ble­ment – séisme de Kumamoto dans le Kyushu en avril 2016, pluies dilu­vien­nes dans le nord Kyushu en juillet 2017, éruption vol­ca­ni­que à Kusatsu dans le dépar­te­ment du Gunma en jan­vier 2018, inon­da­tions et glis­se­ments de ter­rain simul­ta­né­ment dans 4 dépar­te­ments entre le nord Kyushu et les villes de Hiroshima et Okayama en juillet 2018 – le 11 mars 2011 avec son séisme, le tsu­nami qui a suivi et la catas­tro­phe nucléaire de la cen­trale nucléaire N°1 de Fukushima reste encore for­te­ment dans toutes les mémoi­res, tout comme le séisme du 17 jan­vier 1995 dans la région de Kobé…

Certains n’hési­tent pas à dire que cela a donné un avant goût de ce qui va se pro­duire dans la région de Tokyo et plus au sud le long de la côte d’ici… une date indé­ter­mi­née.

Bref état de la situa­tion

Le bilan chif­fré des vic­ti­mes n’évolue plus guère bien que chaque année les restes de quel­ques dis­pa­rus soient encore retrou­vés : 15 895 morts, 2539 dis­pa­rus, 3647 per­son­nes décé­dées par la suite des consé­quen­ces des événements.

Par contre, ce que les gens atten­dent de voir dimi­nuer rapi­de­ment, c’est le nombre des per­son­nes « réfu­giées » qui avoi­sine encore les 73 000 (contre 123 000 en 2017) et les per­son­nes habi­tant dans des loge­ments pro­vi­soi­res pré­fa­bri­qués, soit près de 34 000 (35 000 en 2017), chif­fre qui ne bouge plus beau­coup… Le 31 juillet der­nier, Mr Abe, pre­mier minis­tre en visite dans le nord-est, a promis qu’il n’y aurait plus une seule per­sonne en loge­ment pro­vi­soire d’ici fin 2020.

Malgré tous les efforts de recons­truc­tion des infra­struc­tu­res (routes, digues, ponts et lignes des che­mins de fer), des loge­ments (avec par­fois des quar­tiers neufs recons­truits en hau­teur sur une plate-forme gagnée sur la mon­ta­gne), des encou­ra­ge­ments aux com­mer­çants à reve­nir, des ré-ins­tal­la­tions des admi­nis­tra­tions loca­les, des écoles, des hôpi­taux etc, la popu­la­tion des trois dépar­te­ments du nord-est, Fukushima, Miyagi et Aomori, conti­nue de dimi­nuer, 250 000 habi­tants en moins depuis le 11 mars 2011. Le dépar­te­ment du Fukushima est le plus touché : seules les per­son­nes âgées res­tent ou se ris­quent à retour­ner dans des zones « libé­rées » des inter­dic­tions de rési­der dans les envi­rons de la cen­trale acci­den­tée. Elles ont été déconta­mi­nées et décla­rées « hors de danger », les radia­tions étant deve­nues très fai­bles. Certes, c’est ce que les auto­ri­tés affir­ment, mais peut-on les croire ? Dans ce domaine la confiance n’est pas encore de retour…

Après l’arrêt de toutes les cen­tra­les nucléai­res au Japon en 2012 ont été mises en place des condi­tions sévè­res à leur re-démar­rage tenant compte des ris­ques natu­rels, des pos­si­bi­li­tés d’évacuation et des capa­ci­tés d’accueil de réfu­giés en nombre. Cependant, depuis 2014, le gou­ver­ne­ment n’a de cesse, poussé par le puis­sant lobby nucléaire, de vou­loir les remet­tre en route. Les résis­tan­ces ne man­quent pas : contes­ta­tion devant les tri­bu­naux du cahier des char­ges sur les condi­tions rem­plies ou non, par­ti­cu­la­ri­tés loca­les non prises en compte, consé­quen­ces sur le tou­risme… une, puis deux cen­tra­les ont redé­marré et cela va pro­ba­ble­ment conti­nuer ainsi.

L’économie du nord-est patine : la pêche et l’agri­culture, en par­ti­cu­lier dans le dépar­te­ment du Fukushima, pei­nent à repren­dre. Plusieurs pro­blè­mes se sont accu­mu­lés. Tout d’abord, tous les pro­duits ayant sur leur étiquette ou leur carton d’embal­lage « ori­gine : dépar­te­ment du Fukushima » ont tou­jours du mal à se vendre. Les contrô­les sys­té­ma­ti­ques sur la radio­ac­ti­vité par des offi­ci­nes indé­pen­dan­tes ne suf­fi­sent pas à lever les crain­tes des consom­ma­teurs. La main d’œuvre manque par­tout. Dans l’agri­culture des culti­va­teurs pro­ches de l’âge de la retraite vont jusqu’à pro­po­ser de donner gra­tui­te­ment leurs terres à de jeunes agri­culteurs volon­tai­res pour pren­dre leur suite, en vain ! Pour la même raison la recons­truc­tion prend du retard. Les jeunes ne veu­lent pas aller tra­vailler dans ces régions iso­lées malgré des pro­po­si­tions d’emploi allé­chan­tes : dans un train de la ban­lieue de Tokyo on pou­vait lire sur une publi­cité : « Venez tra­vailler dans le nord à la recons­truc­tion (chauf­feurs de camion, d’engins, maçons, char­pen­tiers… !) Pas de condi­tions, for­ma­tion pro­po­sée sur place, loge­ment assuré, pos­si­bi­lité d’un emploi stable » et suit un numéro d’appel gra­tuit ainsi qu’une adresse inter­net… Rien n’y fait, les grands chan­tiers en pré­vi­sion des jeux Olympiques de Tokyo pour 2020 atti­rent bien plus !

Les com­mer­çants qui ont perdu leur maga­sin dans le tsu­nami hési­tent à repren­dre leur acti­vité : certes, il y a des aides pour l’achat du ter­rain si l’on ne peut retour­ner à l’ancien, pour l’ins­tal­la­tion… mais il faudra de toute façon emprun­ter pour recom­men­cer sans être cer­tain que la clien­tèle sera au rendez-vous, en par­ti­cu­lier dans les quar­tiers neufs. Les gens veu­lent bien y vivre s’il y a les infra­struc­tu­res et les com­mer­ces et les com­mer­çants veu­lent bien s’y ins­tal­ler si les gens vien­nent… On tourne en rond !

L’exemple de la commune de Futaba dans le département du Fukushima

La petite ville de Futaba, située au nord et nord-ouest de la cen­trale nucléaire de Fukushima, avait une popu­la­tion de 7140 habi­tants avant mars 2011. Cette com­mune a pros­péré avec le déve­lop­pe­ment du pro­gramme nucléaire du site de Fukushima, tout comme les villes voi­si­nes de Ôkuma, Namiê, Tomioka… Routes et amé­na­ge­ments urbains, équipements spor­tifs, écoles et hôpi­taux, cen­tres de loisir, tout cela financé par la géné­reuse TEPCO (Société d’électricité qui gère le parc nucléaire). Cette ville vivait par et pour la cen­trale nucléaire et ses réac­teurs qui mobi­li­saient une popu­la­tion d’ingé­nieurs, dont beau­coup de jeunes, avec leurs famil­les, et bien d’autres employés, sans parler des entre­pri­ses sous-trai­tan­tes. Une aubaine pour cette région qui voyait sa popu­la­tion décli­née et vieillir dans les années 1950-1960. L’entrée d’un quar­tier était sur­monté d’une arche sur laquelle on pou­vait lire : « Une vie pros­père avec une juste com­pré­hen­sion de l’énergie nucléaire », dans un autre quar­tier on pou­vait lire : « Une avenir radieux grâce à l’énergie des cen­tra­les nucléai­res ». « On pou­vait lire »… cela est devenu un loin­tain sou­ve­nir car le 11 mars 2011, suite au séisme et au tsu­nami qui a suivi, la vie de cette com­mune a bas­culé dans le cau­che­mar.

Peu après l’acci­dent nucléaire toute la popu­la­tion a été évacuée. Elle s’est retrou­vée dis­per­sée dans 9 dépar­te­ments (Miyagi, Niigata, Tochigi, Saitama, Ibaraki, Chiba, Tokyo, Shinagawa) y com­pris celui de Fukushima où elle s’est retrou­vée dans 5 lieux d’accueil. 96% du ter­ri­toire de la ville était tou­jours déclaré en 2017 « zone dif­fi­cile d’accès » (en clair : non habi­ta­ble) et 4% « zone en pré­pa­ra­tion d’être libé­rée » (en clair : les habi­tants pour­raient y reve­nir). Le site inter­net de la com­mune indi­quait encore le 1er sep­tem­bre 2017 : nombre d’habi­tants = 0 !

La com­mune res­sem­ble à une ville fan­tôme, lais­sée à l’aban­don dans son état de mars 2011, avec ses traces du séisme et de son évacuation pré­ci­pi­tée. Elle se dégrade petit à petit. Il faut tou­jours une auto­ri­sa­tion spé­ciale pour s’y rendre. Les ser­vi­ces muni­ci­paux ont du suivre le mou­ve­ment. C’est le seul cas suite à la catas­tro­phe : une « mairie pro­vi­soire » a migré d’un dépar­te­ment à l’autre pen­dant 3 ans avant de se retrou­ver ins­tal­lée dans le dépar­te­ment du Fukushima à Iwaki, une ville au sud de la cen­trale acci­den­tée, où se trouve la plus forte concen­tra­tion des réfu­giés de Futaba : 2107 per­son­nes. Les débats dans la popu­la­tion furent hou­leux lors­que le gou­ver­ne­ment a pro­posé de trans­for­mer une partie (10%) du ter­ri­toire de Futaba « non habi­ta­ble » en « site tem­po­raire de dépôt » des déchets (terre, végé­taux prin­ci­pa­le­ment) mis en sacs suite aux tra­vaux de déconta­mi­na­tion des zones libé­ra­bles et des dépar­te­ments voi­sins.

En clair, trans­for­mer une partie du ter­ri­toire com­mu­nal en pou­belle de déchets conta­mi­nés contre une indem­nité… Le « tem­po­raire » étant un terme bien connu pour ne pas dire « quasi défi­ni­tif » ! Les habi­tants crai­gnent une dis­pa­ri­tion pure et simple de leur ville pro­gram­mée par le gou­ver­ne­ment. La com­mune voi­sine, au sud de la cen­trale, Ôkuma, a reçu la même pro­po­si­tion et a sus­cité les mêmes débats. Le déman­tè­le­ment prévu de la cen­trale devrait pren­dre une qua­ran­taine d’années… et nous sommes encore dans la phase pré­pa­ra­toire avec tous les dan­gers encou­rus par les per­son­nes venant tra­vailler sur le site. L’avenir de Futaba reste en sus­pend, et bien com­pro­mis.

Quand le calvaire des réfugiés tourne au drame

Après la mobi­li­sa­tion de la popu­la­tion pour venir en aide aux réfu­giés du nord-est suite au séisme, ce fut l’orga­ni­sa­tion de l’ins­tal­la­tion de ces per­son­nes dépla­cées dans la durée. Le retour deve­nait de plus en plus aléa­toire (annoncé dans 5, puis 10 puis 30 ans ?) et l’inquié­tude concer­nant les ris­ques pour la santé des enfants gran­dis­sait. Que faire pour l’accueil des famil­les qui avaient dû quit­ter pré­ci­pi­tam­ment la zone de la cen­trale acci­den­tée. Il fal­lait trou­ver pour les enfants des écoles où ils puis­sent repren­dre leurs études dès que pos­si­ble. L’année se ter­mi­nant en mars au Japon, il s’agis­sait donc de trou­ver des écoles où les enfants puis­sent faire leur ren­trée le 1er avril 2011. Cela s’est plutôt bien déroulé. Puis un phé­no­mène nou­veau a vu le jour.

Le temps pas­sant, les enfants issus de la région de Fukushima, se trou­vè­rent soumis par leur cama­ra­des d’école à toutes sortes de bri­ma­des, taqui­ne­ries de mau­vais goût et dis­cri­mi­na­tions qui virè­rent à la per­sé­cu­tion : « microbe », « t’appro­che pas, t’es souillé », « si tu tou­ches la bou­teille je peux plus boire » etc. pour faire allu­sion au fait qu’ils vien­nent de zones conta­mi­nées par la cen­trale nucléaire. Ou encore, « tu vis gra­tui­te­ment », « t’es logé gratis », « ta famille a reçu com­bien ? (en indem­nité) » et bien d’autres expres­sions pour rap­pe­ler que ces famil­les avaient été aidées et sou­vent prises en charge com­plè­te­ment par Tepco via l’Etat du fait qu’elles avaient tout perdu à cause de l’acci­dent de Fukushima. Situation qui per­dure 7 ans après, vécue dif­fi­ci­le­ment par les famil­les concer­nées, et de plus en plus ouver­te­ment cri­ti­quée par la popu­la­tion. Situation qui peut paraî­tre absurde mais qui cor­res­pond au fait d’une part que les auto­ri­tés espè­rent pou­voir faire reve­nir ces famil­les sur leur lieu de vie d’avant la catas­tro­phe ou leur trou­ver une solu­tion sur un autre site du parc nucléaire, et d’autre part que la prise en charge finan­cière visait, et vise tou­jours, à com­pen­ser les pertes des reve­nues cau­sées par l’évacuation forcée.

Des enfants de l’école pri­maire, du col­lège sur­tout, et un peu moins au niveau du lycée, ont refusé d’aller à l’école, ont eu des trou­bles psy­cho­lo­gi­ques, cer­tains ont été forcés par leurs cama­ra­des à payer des par­ties dans des cen­tres de jeux ou leur ache­ter leur goûter… Pour d’autres cela a tourné au drame. Il y a eu des sui­ci­des. Deux col­lé­giens en 2017. Des famil­les ont démé­nagé, cer­tai­nes ont pré­féré retour­ner dans le dépar­te­ment du Fukushima.

La prise de cons­cience de ce phé­no­mène s’est faite len­te­ment à partir de 2016 et une enquête réa­li­sée auprès des famil­les dépla­cées publiée en février 2017 a révélé que plus de 60% des enfants concer­nés reconnais­saient avoir reçu des bri­ma­des et autres mau­vais trai­te­ments. Comment a-t-on pu en arri­ver là ? Des enfants ont pré­féré garder le silence ayant honte de leur situa­tion, d’autres n’ont pas pu ou osé en parler à leurs parents ni à leurs pro­fes­seurs. Les parents ont peu d’occa­sion de dia­lo­guer avec leurs enfants entre le tra­vail des uns et les cours du soir ou les acti­vi­tés com­plé­men­tai­res de l’école des autres. Les pro­fes­seurs se sen­tent dému­nis car rare­ment témoins directs de ces bri­ma­des. Certains ont cepen­dant reconnu avoir lu dans des devoirs d’élèves des allu­sions à ces pro­blè­mes.

Et qu’a fait l’Eglise catholique dans cette région face à ces détresses ?

L’Eglise qui est au Japon s’est mobi­li­sée dès les pre­miers jours suite à la catas­tro­phe et ce tout le long des côtes du nord-est. Une coor­di­na­tion inter-dio­cé­saine, en par­ti­cu­lier avec les dio­cè­ses d’Osaka, Tokyo, Saitama est venue épauler le dio­cèse de Sendaï qui recou­vre l’ensem­ble des trois dépar­te­ments les plus tou­chés par le tsu­nami.

En plus des aides four­nies par le Secours Catholique du Japon, de très nom­breux volon­tai­res se sont relayés dans dif­fé­ren­tes « bases » prises en charge par chaque dio­cèse, ou en rela­tion avec les cen­tres d’accueil de volon­tai­res orga­ni­sés par les villes sinis­trées pour aider la popu­la­tion locale dans des tra­vaux de déblaie­ments, d’ani­ma­tion dans les quar­tiers de loge­ments pro­vi­soi­res, de visite des per­son­nes âgées et mala­des…

Si la plu­part des ONG et grou­pes de volon­tai­res ont cessé leurs acti­vi­tés au bout de quel­ques mois ou jusqu’à deux ans, l’Eglise a décidé de conti­nuer 5, puis sur 10 années sa pré­sence auprès des per­son­nes les plus en détresse, sur­tout des per­son­nes âgées et iso­lées. Certes, cer­tai­nes acti­vi­tés ini­tiées par l’Eglise ont cessé comme le « chalet » cons­truit à Iwaki, dépar­te­ment du Fukushima, en plein quar­tier de loge­ments pro­vi­soi­res en 2012 qui a fermé en mars 2018, ou encore l’acti­vité des volon­tai­res à Watari-Cho près de Sendaï (dépar­te­ment du Miyagi), en 2016 car les 5 quar­tiers de pré­fa­bri­qués ont été sup­pri­més.

Dans le dio­cèse du Saitama, voisin du dépar­te­ment du Fukushima, la vente de légu­mes, fruits et de riz pro­duits dans le dépar­te­ment de Fukushima se fait une fois par mois dans un cer­tain nombre de parois­ses le diman­che après la messe. Activité qui conti­nue aujourd’hui encore.

Pour accom­pa­gner dans la durée les per­son­nes en dif­fi­culté, des congré­ga­tions ont opté pour une pré­sence de peti­tes com­mu­nau­tés au plus près des quar­tiers où vivent les réfu­giés : les Franciscaines Missionnaires de Marie, les Petites Sœurs de Charles de Foucauld… Le dio­cèse de Sendaï a accueilli aussi des grou­pes de volon­tai­res comme celui de Point Cœur, tou­jours pré­sent en 2018.

Mgr Kazuo Koda

Afin de main­te­nir la coor­di­na­tion et la réflexion sur l’aide à appor­ter, Mgr Koda Kazuo, 63 ans, évêque auxi­liaire émérite de Tokyo, a été nommé à la « base » de Minami-Soma (dépar­te­ment du Fukushima) à partir d’avril 2018. Lors d’une inter­view dans le jour­nal catho­li­que Mgr Koda a sou­li­gné les chan­ge­ments qui se sont opérés récem­ment dans l’aide à appor­ter : une atten­tion par­ti­cu­lière est à donner aux per­son­nes qui sont reve­nues dans les zones évacuées et « libé­rées » comme une partie de la ville de Namié, proche de la cen­trale acci­den­tée. Ce sont sur­tout des per­son­nes âgées. Il com­prend la réti­cence des parents ayant des enfants à retour­ner dans cette région : com­ment savoir si on est en sécu­rité, même à plus de 20 km de la cen­trale ? Qui peut le garan­tir ? Qui pren­dra la res­pon­sa­bi­lité en cas de nouvel inci­dent ? Il n’y a pas de répon­ses clai­res à ces ques­tions, ni de Tepco ni du gou­ver­ne­ment. A toutes ces per­son­nes qui se sen­tent reje­tées parce que « issues de la région de Fukushima », Mgr Koda rap­pelle le mes­sage de l’Eglise adressé à toutes les per­son­nes du nord-est : « nous ne vous oublions pas et ne vous oublie­rons pas ».

Au fait…

« Nouvelle mission pour les préfabriqués du Nord-Est du Japon » Journal Asahi du 31 juillet 2018

Que devien­nent les pré­fa­bri­qués des loge­ments pro­vi­soi­res une fois les réfu­giés relo­gés ? Un amé­ri­cain d’ori­gine japo­naise, des îles Hawaï, en visi­tant le nord-est du Japon où il avait apporté de l’aide, a eu l’idée de récu­pé­rer de ces pré­fa­bri­qués pour loger des SDF, en par­ti­cu­lier des per­son­nes accom­pa­gnées d’enfants, dans la ban­lieue de Honolulu sur l’île de Oaf. Une fois l’accord des auto­ri­tés loca­les obtenu, qui ont fourni un grand ter­rain, et les fonds ras­sem­blés pour finan­cer l’opé­ra­tion, il a fait venir 30 pré­fa­bri­qués en 2018 tout équipé avec l’ajout de pan­neaux solai­res. Ils ont permis d’accueillir 123 per­son­nes dont la moitié d’enfants. D’ici l’été 2019 ce seront 153 loge­ments qui aide­ront 629 per­son­nes à se réin­sé­rer dans la société. Car son projet ne s’arrête pas au simple toit fourni à des SDF, mais veut aussi accom­pa­gner leur inté­gra­tion : sco­la­ri­sa­tion des enfants, tra­vail pour les adul­tes, vie de quar­tier.

Nous pour­rions aussi citer des grou­pes pro­tes­tants et l’acti­vité cari­ta­tive mise en place par les boud­dhis­tes qui ont aussi choisi de main­te­nir leurs enga­ge­ments.

Le message de la conférence épiscopale du Japon adressé « A tous les hommes qui vivent sur la terre, notre maison commune ».

La confé­rence épiscopale japo­naise a pris le temps de réflé­chir sur l’avenir du nucléaire civil au Japon. Dès novem­bre 2011 elle publiait un mes­sage, adres­sée aux Japonais, pour donner le point de vue de l’Eglise Catholique sur le danger de l’énergie nucléaire et appe­ler à son abo­li­tion. Elle a pro­posé, encou­ra­gée par l’ency­cli­que du Pape François « Laudato Si » et donc « cinq ans et demi après l’acci­dent de la cen­trale nucléaire de Fukushima » un nou­veau mes­sage en novem­bre 2016 sur l’abo­li­tion de l’énergie nucléaire adressé non seu­le­ment à tous les Japonais mais au monde entier en fai­sant une tra­duc­tion du texte en anglais, fran­çais, espa­gnol et ita­lien.

Pourquoi cet appel ? Parce que « Le Japon est un pays qui a fait l’expé­rience de dif­fé­ren­tes cala­mi­tés cau­sées par le nucléaire. En 1945 à Hiroshima et Nagasaki deux bombes ato­mi­ques ont été uti­li­sées au combat pour la pre­mière fois sur les zones urbai­nes de ces deux villes, fai­sant sans dis­cri­mi­na­tion de très nom­breu­ses vic­ti­mes civi­les. Les sur­vi­vants conti­nuent même main­te­nant à souf­frir des séquel­les de l’irra­dia­tion. En 1954, 9 ans après le lar­gage des deux bombes, de nom­breux équipages de bateaux de pêche, dont le Daïgo-Fukurûmaru, ont été expo­sés aux rayons ato­mi­ques lors des essais de bombes H sur les récifs des îles Bikini réa­li­sés par les amé­ri­cains. En 1999, pour la pre­mière fois sur le sol natio­nal, un acci­dent de cri­ti­cité (JCO) fai­sant plu­sieurs morts s’est pro­duit à la cen­trale nucléaire de Takaïmura (Ibaraki-Ken). Enfin en 2011, l’acci­dent s’est pro­duit à la cen­trale nucléaire N°1 de Fukushima ».

La confé­rence épiscopale juge que le Japon qui a vécu de telles expé­rien­ces, a plus spé­cia­le­ment la res­pon­sa­bi­lité de se soli­da­ri­ser avec les vic­ti­mes du nucléaire de toutes les régions du Globe, de pren­dre l’ini­tia­tive d’appe­ler, en tant que seul pays à avoir été irra­dié, à une abo­li­tion totale des armes nucléai­res et d’invi­ter le monde à une solu­tion à toutes les ques­tions tou­chant le nucléaire. » (cf. mes­sage p.11)


P.S.

Sources : journal Asahi Shinbun, Journal Catholique, document de la conférence épiscopale du Japon, et Centre d’Aide du diocèse de Saïtama

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